L'origine du roman de Jonathan Littell
Il obtient le Grand Prix du roman de l'Académie française le 26 octobre 2006 et le 6 novembre 2006 le prix Goncourt. Il s'agit des mémoires de Maximilien Aue, officier SS ayant participé aux massacres de masse. Ce personnage est fictif.
Cet imposant roman de près de neuf cent pages est constitué par le récit rétrospectif à la première personne de Maximilien Aue qui, des décennies plus tard, se penche sur une période cruciale de sa vie : sa participation aux massacres de masses en tant qu’officier SS, entre vingt-cinq et trente ans. Il assume, au delà du bien et du mal, son engagement nazi pour le peuple allemand conduit par le Führer, en ayant d’ailleurs le plus souvent une position d’observation – il écrit des rapports aux autorités supérieures de la SS – que d’exécution, même s’il lui arrive de tuer.
Dans le roman, le narrateur raconte – tout en effectuant de fréquents retours en arrière sur son enfance et sa jeunesse – ses années de criminel de guerre, mais sans désarroi moral, même s’il semble somatiser, accumulant vomissements et diarrhées.
Le récit des horreurs de la guerre nazie suit la chronologie des massacres sur le front de l'Est : l’auteur a divisé le roman en sept parties dont six portent le nom de danses du XVIIIème siècle (allemande I et II, courante, sarabande, menuet en rondeaux, air, gigue) qui s’enchaînent en une danse macabre cynique, un Crépuscule des Dieux que colorent le rouge des meurtres de masses et le noir de l'uniforme SS.
* La première partie est intitulée "Toccata" : elle constitue une sorte de prologue faustien et expose le projet du narrateur, Maximilien Aue, ex-officier des Einsatzgruppen, et en tant que tel, responsable de crime contre l'humanité, de raconter son histoire. Dénué de mauvaise conscience, il ne cherche pas à se justifier ou à rendre des comptes. Il insiste sur l’aspect ordinaire des bourreaux et soutient que ce destin peut être celui de tous ceux qu’il appelle, avec François Villon, ses « frères humains ». Le lecteur apprend qu’il est aujourd’hui un industriel spécialisé dans la production de dentelles quelque part dans le Nord de la France, peut-être à Calais. Il a une vie rangée, est marié, a des enfants et petits-enfants.
* Dans la seconde partie, « Allemande I et II » (pp. 33–312), le lecteur suit Aue, membre des Einsatzgruppen, sur le front de l'Est en Ukraine, dans le Caucase et en Crimée. Le narrateur décrit les massacres , à ciel ouvert des Juifs ( Shoah par les balles ) et des bolcheviques à l’arrière du front. Le chapitre s’achève par l’affectation du narrateur à Stalingrad, ce qui équivaut plus ou moins à une sanction de la part de ses supérieurs. ,
* La troisième partie, « Courante », est consacrée au siège et à la bataille de Stalingrad, dont Aue réchappe miraculeusement, ceci bien qu’une balle lui ait traversé la tête.
* Dans la quatrième partie, « Sarabande », le narrateur effectue sa convalescence sur l’île de Usedom, à Berlin et en France. La mère et le beau-père du héros sont assassinés lors du séjour du narrateur chez eux à Antibes.
* Le « Menuet en rondeaux » (pp. 495–792) est le chapitre le plus long du roman. Maximilien Aue, affecté au ministère du Reich à l'intérieur dirigé par Heinrich Himmler, joue un rôle actif dans la gestion de la « capacité productive » du « réservoir humain » que constituent les prisonniers juifs. On entrevoit les rouages de la Solution finale avec sa bureaucratie (Eichmann, Rudolf Hoss, Himmler …) et ses massacres (camps d’auschwitz, de Belzec, etc.). Par ailleurs, deux commissaires, Clemens et Weser, chargés d’enquêter sur le meurtre de la mère du narrateur et de son compagnon, le soupçonnent très vite et n’auront de cesse de le poursuivre.
* Le chapitre « Air » (pp. 795–837) narre le séjour du narrateur dans la propriété de sa sœur et de son beau-frère, en Poméranie, dans une orgie "Bataillienne" de nourriture, d'alcool et de sexe. C’est le chapitre le plus onirique du roman, où se dévoilent le plus les obsessions sexuelles de Maximilien Aue.
* Le dernier chapitre, « Gigue » (pp. 841–894), relate la fuite devant l’avancée des soviétiques et le séjour dans la capitale assiégée. La fin du roman reste relativement floue. On devine que Aue, muni de papiers d’un Français du Service du travail obligatoire (STO), pourra quitter Berlin pour la France, son bilinguisme le protégeant du soupçon. Pour cela, il lui aura fallu exécuter son ami le plus loyal, Thomas.